Jeudi 15 mai 2008

Histoire, ethnologie et symbolique d’ un geste « total »

Symbolique du signe de la croix

&

Comme nous l'avons déjà souligné, l'attribution d'une valeur symbolique élaborée aux gestes religieux est le plus souvent seconde. Sont premières les pratiques fonction­nelles issues de la vie de l'Eglise, habituellement reprises dans leur forme de manières de faire et de traditions anté­rieures ou cherchant à s'y substituer. Différents cas peu­vent évidemment se présenter, mais ce n'est d'ordinaire que dans un deuxième temps qu'on a essayé de greffer sur ces pratiques des significations plus ou moins pertinentes. Si celles-ci sont bien adaptées, elles peuvent présenter un réel intérêt au plan pédagogique et catéchétique, puis­qu'elles donnent sens aux choses et permettent d'illustrer concrètement les grandes vérités de la foi en les inscrivant dans le corps. Prenons quelques exemples qui ne préten­dent aucunement épuiser un domaine foisonnant qui auto­rise à l'infini de nouvelles inventions et trouvailles.

1. Le mouvement vertical du haut vers le bas

Si partout on trace le signe de croix du haut vers le bas, c'est, a-t-on dit, parce que le Fils est engendré par le Père qui est "plus grand" que lui et qu'il est "descendu" du ciel sur terre pour le salut du monde. Le mouvement vertical de haut en bas marque donc l'irruption du Divin dans l'histoire et la condition des hommes, les liens du Créateur aux créatures, l'abnégation, la "kénose" divines.

 

        Allusion a été faite aussi au geste créateur originel quand Dieu a séparé la lumière (placée à droite) et les ténèbres (à gauche).

 

D'un point de vue plus anthropologique, on dira que ce qui se forme dans la tête au plan des idées et du verbe ne devient fécond qu'en descendant dans le "coeur" et les "entrailles", qu'en étant intégré par toute la personne. Le mouvement du front à la poitrine indiquerait donc la nécessité de tout ramener au centre intérieur de l'être, à son milieu, à ses profondeurs, là où germe la vie, où le Royaume de Dieu est déjà présent, où s'articulent l'un sur l'autre l'humain et le divin, en ce "coeur" dont la Bible parle si abondamment :

"Je dors, mais mon coeur veille" (Cantique des Cantiques) ; "écris mes préceptes sur la table de ton coeur" (Proverbes) ; "tu as éprouvé mon coeur, tu l'as visité la nuit, tu m'as mis dans le creuset et tu ne trouves rien" (psaume 17) ; "ô Dieu, crée en moi un coeur pur ; restaure dans ma poitrine un esprit ferme" (psaume 51) ; "tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton coeur" (Deutéronome) :"Dieu a envoyé en nos coeurs l'Esprit de son Fils qui crie : abba, père" (Epître aux Galates). Etc.

On trouve chez saint Maxime le Confesseur au VIIe siècle une idée reprise sans doute des stoïciens selon la­quelle il est bon que l'intelligence soit "froide", alors que le coeur doit être "chaud". Le mouvement vertical de la main dans le signe de croix rappellerait cela : ce qui est produit dans la tête doit être "réchauffé" dans le coeur pour devenir fécond. Or trois types de constitutions intimes de la personne s'opposent à un tel processus : -

- il y a ceux dont l'intelligence et le coeur sont chauds : ce sont les idéalistes confus, pleins d'élan, mais inefficaces ; - il y a ceux dont l'intelligence et le coeur sont froids : ils savent analyser avec finesse, sont prudents, mais se mon­trent indifférents et glacent les autres ;

-         il y a enfin ceux dont l'intelligence est chaude mais le coeur froid : ce sont les idéologues qui savent séduire par leurs idées, mais ne reculent devant aucune cruauté quand il s’agit de les mettre en pratique.

-          

Voici comment j'ai entendu un évêque orthodoxe présen­ter les choses :

 

"On commence par une connaissance mentale, intellectuelle ; on analyse, on dissèque froidement. Mais si cette pensée ne descend pas dans le coeur, donc ne s'abaisse pas, ne se dépouille pas pour y être broyée, elle reste extérieure, sans effet de trans­formation. "Si le grain ne meurt, il ne peut porter du fruit." Ce n'est qu'une fois qu'il a passé par une mort qu'il peut ressusciter et devenir fécond... Ce qui se passe en l'homme suit ainsi le mouvement du Verbe éternel qui vient du Père, s'incarne, meurt, ressuscite et envoie l'Esprit sous forme de langues de feu pour susciter la naissance d'une créature nouvelle... Il convient donc d'éviter deux attitudes, celle qui consiste à rester au niveau de la pure connaissance, et celle qui consiste à vouloir agir sans connaissance."

 

Des trois croix tracées avant la lecture de l'Evangile sur le front, la bouche et la poitrine on a dit qu'elles évo­quaient la parole de Dieu qui doit tomber dans la "terre" de notre corps et de notre coeur pour pouvoir y germer.

En Occident on s'est souvent complu dans des ima­ges de type naturaliste. Ainsi le catéchisme portugais du bienheureux Barthélémy des Martyrs, de la fin du XVIe siècle, enseigne-t-il à l'enfant à porter la main bien en des­sous de la poitrine parce que, par son incarnation, Jésus est descendu dans le sein de la Vierge Marie.

2. Le mouvement horizontal : droite-gauche, gauche-droite

 

Si la verticalité indique la dimension en profondeur, l'ho­rizontalité signifie extension, déploiement, élargissement, propagation, dilatation, développement, mise en oeuvre de la volonté, action, ouverture aux autres. Il est donc normal qu'elle soit liée à l'Esprit-Saint qui "remplit tout l'univers". Après le premier commandement: "tu aimeras le Seigneur ton Dieu", vient le second : "tu aimeras ton prochain comme toi-même." Les idéaux d'égalité et de fraternité ont besoin d'être fondés sur une transcendance. L'horizontalité est seconde. Parler et agir avant d'avoir mûri dans son coeur une impulsion venue d'en haut conduit à un acti­visme stérile malgré ses bonnes intentions.

On trouve aussi l'idée selon laquelle le mouvement horizontal correspond au geste du Dieu créateur séparant les eaux d'en haut des eaux d'en bas, après avoir séparé verticalement lumière et ténèbres.

La première question qui se pose est de savoir pour­quoi, en bénissant, le prêtre va toujours et partout de gau­che à droite. Voici l'explication que j'ai entendue dans la bouche d'un liturgiste orthodoxe :

"Tourné vers le peuple, le célébrant voit face à lui la divine Trinité, où le Fils est assis à la droite du Père selon ce qui est écrit dans le psaume 110 : "Le Seigneur dit à mon Seigneur : siège à ma droite." Or bénir, c'est en quelque sorte poser la puissance de la Trinité sur les fidèles. Le geste commence donc au milieu, lieu du Père, puis va vers le Fils, à la droite du Père, donc sur la gauche du célébrant et sur la droite des fidèles... Il faut ainsi tenir compte de trois plans distincts mais articulés : celui de la Trinité, en face d'elle celui du prêtre, et en face de lui celui des fidèles."

La symbolique gauche-droite s'est révélée la plus riche en réflexions en tout genre. Elle prend son origine dans la manière dont l'homme est latéralisé. Dans l'Anti­quité méditerranéenne autant que sémitique, mais aussi bien au delà dans l'espace et le temps,

- la droite renvoie à ce qui est fort, bon, honorable, légal, divin, masculin, juste, puissant, pur, de bon augure, - et la gauche à ce qui est faible, maladroit, tendre, délicat, impressionnable, féminin, souillé, démoniaque, de mau­vais augure.

Ainsi voit-on Pline l'Ancien ou Macrobe appliquer en matière de médecine l'idée que le côté droit est supé­rieur en force. Aux divinités célestes on ne pouvait présenter des offrandes que de la main droite. Un principe constant régissait les comportements selon lequel ce qui doit finir heureusement doit commencer du côté droit. Il était de mauvais augure d'enfiler d'abord la chaussure gauche et de quitter la maison du pied gauche. A l'entrée d'une salle à manger où de nombreux invités étaient conviés, un esclave se tenait à la porte disant à chaque arrivée : dextro pede, "entrez du pied droit". Les marches pour entrer dans un temple ou monter à un autel devaient être en nombre impair afin d'arriver en haut du même pied droit avec lequel on a démarré la montée.

La Bible abonde en indications autour de ce thème. "Ma main a fondé la terre et ma droite a tendu les cieux» (Isaïe, 48, 13). "La droite du Seigneur a montré sa force, la droite du Seigneur m'a exalté" (psaume 117). "Le coeur du sage est à sa droite, le caeur de l'insensé à sa gauche" (Ecclésiaste 10, 2). En Jean (21, 6), Jésus demande après sa résurrection à ses disciples de jeter le filet sur le côté droit de leur barque qui apparaît ainsi comme bénéfique puisqu'il permet une capture exceptionnelle. A son retour glorieux, le Christ opérera un tri parmi les hommes com­me le berger sépare les brebis des boucs : les uns il les placera à sa droite en les bénissant, les autres à sa gauche en les maudissant (Mat 25, 33). Le bon larron a toujours été représenté à la droite du Christ en croix, et le mauvais à sa gauche. On a vu une opposition entre geste de ten­dresse et geste de puissance dans le vers répétitif du Can­tique des Cantiques : "Sa main gauche soutient ma tête et sa droite m'étreint" (2, 6 ; 8, 3). Aux Esséniens il était interdit de cracher à droite. Etc.

        Il y a là, selon la tradition ancienne, une des clés majeures des rites chrétiens. Aux yeux de saint Augustin, la droite convient pour tout ce qui relève de la vie éter­nelle, alors que la gauche convient à ce qui a trait à l'exis­tence temporelle. Il n'est jamais venu à l'idée de personne de préconiser que le signe de croix soit tracé de la main gauche. Quand un rite doit être accompli d'une seule main (bénédiction, aspersion, onction, présentation d'offrandes, distribution de la communion, etc.), il l'est nécessairement avec la droite. Quand les deux côtés du corps doivent être pris en compte (p. ex. pour l'onction des malades), on commence par la droite. Selon Cyrille de Jérusalem, le fidèle reçoit le corps du Christ sur sa main droite, la gau­che formant un soutien, un "trône" pour celle-ci. Quand le célébrant doit tourner sur lui-même, il doit le faire du côté droit. De même, quand il tourne autour d'un objet, tel un autel pour l'encenser, celui-ci doit se trouver à sa droite. Dans la mesure où l'on avait l'habitude de prier en direc­tion de l'Orient et où les édifices cultuels étaient orientés en conséquence, le Sud (chaud, lumineux) s'identifiait à la droite et le Nord (froid, ténébreux) à la gauche. Et, selon l'ordonnancement traditionnel des églises, les femmes se tiennent à gauche et les hommes à droite. Le microcosme humain donnait ainsi son sens au grand cosmos. Ces quel­ques données permettent de comprendre l'importance qu'a prise l'opposition droite-gauche en matière de symbolique.

a. De droite à gauche

Si le geste d'autobénédiction des fidèles tracé sur eux­mêmes de droite à gauche en suivant le mouvement du célébrant en miroir en est probablement la forme la plus ancienne, elle est justifiée en ces termes par le pape Inno­cent III :

"Le signe de croix est tracé de haut en bas et ensuite coupé de droite à gauche, parce que Jésus-Christ est descendu du ciel sur la terre et a passé des Juifs aux Gentils."

Guy de Bayso, canoniste médiéval surnommé l'Ar­chidiacre, écrit dans sa Glose sur le décret de Gratien :

"Quoique certains fassent le contraire, il faut, lorsqu'on retrace la représentation du crucifiement du Christ in fronte, achever la croix sur la gauche : car ils crucifièrent la main droite du Seigneur avant sa main gauche..., ce que l'on peut conclure de ce que, lorsqu'un homme est saisi par son ennemi, celui-ci, sachant qu'il est plus fort de la main droite que de la main gauche, en saisit d'abord et en lie la main droite,"

ce qui nous ramène à une explication d'ordre purement naturaliste (cf. chap. VI).

Une interprétation courante dans les milieux ortho­doxes dit ceci : la droite symbolise la justice et la gauche la miséricorde ; or la seconde doit toujours l'emporter sur la première en dernière instance. On pourrait longuement faire appel ici à des schémas familiers à la Kabbale en rapport avec l'Arbre des Séphiroth, mais cela dépasserait le cadre de cette étude. Voici deux avis recueillis dans les milieux de l'orthodoxie occidentale :

"Pourquoi commence-t-on à droite pour aller vers la gauche ? Cela vient de loin. Le Cantique des Cantiques, par exemple, oppose la main qui soutient la tête à la main qui étreint. La main droite, c'est la main de la possession, celle qui tient l'épée, celle qui représente le côté rigoureux et fort. La main gauche, c'est la main pour embrasser, celle qui représente le côté "fai­ble", tendre, le côté du coeur... En allant de la droite, côté de la justice, vers la gauche, côté du coeur, de la miséricorde, on confesse de cette manière qu'il y a en Dieu toute justice et toute miséricorde, mais qu'en lui la miséricorde a toujours le dernier mot sur la justice..."

Et voici le second avis :

"La droite représente la justice, la droiture, l'équité, la gauche par contre la miséricorde, condescendance, le pardon, l'irré­gulier, le péjoratif, le négatif, le "sinistre". La croix russe com­porte une troisième barre, placée en bas, montant à droite du Christ et descendant à sa gauche. Elle représente, à droite, le salut parce qu'on est juste, et à gauche le salut parce qu'on est pardonné. Les justes placés à droite au jugement dernier entre­ront au paradis selon la justice, et les pécheurs placés à gauche y entreront selon la miséricorde.

 

Celui qui n'a pas dépassé la justice, objet de tout un pathos à notre époque, ne peut connaître la miséricorde de Dieu, qui est folie pour l'homme de justice. Il nous faut donc commencer par la justice, la rectitude, et finir par la compassion et le pardon. Si nous faisons l'inverse, c'est-à-dire si nous allons d'abord à gau­che, nous aboutissons à une religion de justice qui, l'histoire le montre, mène à la violence, à la lutte des classes, à l'enfer sur terre... La gauche est proche du coeur. Elle est toujours un peu hors des règles et incite au pardon."

           Jean Biès fait état d'une interprétation selon laquelle le déplacement de la droite vers la gauche imite l'éclair de la fin des temps qui part de l'Orient vers l'Occident (p. 47).
          
Il est aussi une explication tirée par Th. Ohm du fol­klore hellène : les Grecs ayant de tout temps regardé comme de mauvais augure de commencer un mouvement du pied ou de la main gauches, ils auraient transposé cela sur le signe de croix.

b. De gauche à droite

Le mouvement de gauche à droite, quant à lui, a été expli­qué comme représentant le passage de la mort à la vie, des ténèbres à la lumière, de l'enfer au paradis, du péché à l'innocence, de la perdition au salut, etc. Nous trouvons cela également chez Innocent III :

"Certains font le signe de la croix de gauche à droite parce que nous devons passer de la misère à la gloire, tout comme le Christ a passé de la mort à la vie et du séjour des ténèbres au paradis."

Et chez Luc de Tuy :

"Lorsque Notre Seigneur Jésus-Christ, pour racheter le genre humain, bénit miséricordieusement le monde, il vint à nous du Père, il vint dans le monde, il descendit, à gauche pour ainsi dire, aux enfers, et montant aux cieux, il est assis à la droite de Dieu. Or voilà, précisément, ce que tout fidèle chrétien semble retracer lorsqu'il marque sa face du signe de la croix."

 

Dans le catéchisme portugais de Barthélémy des Martyrs on lit :

 

(Après son incarnation), "Jésus-Christ est descendu aux enfers, représentés par l'épaule gauche, pour délivrer les pécheurs ; enfin il est monté aux cieux pour les rétablir avec lui-même à la droite du Père, raison pour laquelle le signe de la croix se ter­mine sur l'épaule droite."

 

En Angleterre, les religieuses de sainte Brigitte étaient exhortées en ces termes :

 

"Pour faire le signe de la croix, vous commencez par porter votre main à votre front, puis l'abaissez ensuite au côté gauche et enfin au côté droit, en témoignage et croyance que Notre Seigneur Jésus-Christ est descendu du chef, c'est-à-dire du Père, sur la terre par sa sainte incarnation, puis de la terre sur le côté gauche, c'est-à-dire aux enfers, par sa douloureuse Passion, et de là est allé à la droite de son Père par sa glorieuse Ascen­ sion" (cité par H. Thurston).

 

Des psychologues s'occupant de symbolique de l'es­pace ont montré intuitivement qu'en notre civilisation, aller de gauche à droite, c'est aller dans le sens du soleil, des aiguilles des montres ou de l'écriture latine. C'est donc suivre le mouvement général, aller dans le sens de l'his­toire et du progrès, du dedans au dehors, de la mère au père, du passé à l'avenir, de la sécurité à l'aventure. Par contre, aller de droite à gauche a un côté plus régressif et plus introversif : c'est nager à contre-courant, revenir en arrière, au passé, aux origines, à la mère ; c'est aller de l'extérieur à l'intérieur, de la réalité à son principe, de l'ef­fet à la cause. Vus sous cet angle, le geste "latin" et le geste "grec" acquièrent une tonalité tout à fait différente.

 

à suivre...

par Claude Camille des Bruyères
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Jeudi 15 mai 2008

suite...
3. La position des doigts

 

Les jeux des doigts tournent principalement autour des cinq premiers nombres. Au plan symbolique,

- le un représente l'origine et le fondement divin de toute chose puisque tous les autres nombres sont formés à partir de lui ;

- le deux évoque la rencontre, le couple, la distinction, l'opposition, la lutte, la conjonction et la séparation, le dialogue et le clash, la thèse et l'antithèse, l'instabilité, mais aussi la force d'évolution, l'appel à une médiation par un troisième terme et à une synthèse ;

- le trois représente l'opposition surmontée, la rencontre féconde, la stabilité dans l'être, le couple et l'enfant ;

- le quatre est l'image de l'équilibre, de l'accomplissement,

- le cinq, c'est la main entière, la plénitude, l'être comme fruit d'un devenir bien centré, maîtrisé et harmonieux.

Ces nombres sont rapportés aux dogmes majeurs que sont d'une part la tri-unité de Dieu, clé de voûte de la Création, fondement ontologique de toute chose, et d'autre part l'incarnation, l'union en Christ de deux "natures", la divine et l'humaine, "sans séparation ni confusion", base sotériologique du monde. Si différentes combinaisons sont possibles au niveau des doigts, on en revient toujours aux confessions de foi fondamentales. Ainsi le pape Innocent III écrivait-il :

"Le signe de la croix doit se faire avec trois doigts, parce qu'on le trace en invoquant la Trinité, dont le prophète dit :"II a sou­tenu sur trois doigts la masse de la terre" (Isaïe, 40, 12)."

La structure de la bénédiction dite "grecque" a été interprétée en référence au nom du Christ. Iesus Christos s'écrit en majuscules IHCOVC XPICTOC, et si on ne retient que les lettres initiales ou finales, on obtient IC-XC, inscription très fréquente sur les icônes. S'agissant du geste,

- le I est dessiné par l'index dressé,

- le premier C par le médius légèrement fléchi,

- le X par le croisement du pouce avec l’ annulaire,

- et le second C par l’ auriculaire légèrement fléchi.

"Ainsi, par la divine Providence du Créateur, les doigts de la main de l'homme... sont disposés de manière à pouvoir figurer le nom du Christ", commente un Guide de la peinture (d'icônes). Bénir, c'est donc placer les fidèles sous l'égide de la Sainte Trinité à travers le nom de Jésus.

Mais d'autres interprétations ont été proposées selon lesquelles :

- le pouce et l'annulaire accolés bout à bout forment un cercle, symbole d'éternité ;

- le pouce et l'annulaire croisés représentent l'alpha, les trois autres doigts élevés l'oméga

- l'auriculaire dressé forme un I, le pouce croisé avec l'an­nulaire un X, l'index et le médius dressés et légèrement écartés un V, le tout donnant IXV, lesous Christos Nika, "Jésus-Christ victorieux" ;

- les trois doigts levés indiquent la Trinité, le pouce et l'auriculaire conjoints l'union des deux natures dans la personne du Christ. Etc.

D'une manière générale, un groupe de trois doigts renvoie aux trois personnes de la Trinité, alors qu'une jonction de deux doigts renvoie aux deux natures du Christ, la divine et l'humaine. S'agissant de bénédictions, il importait de faire comprendre que ce n'était pas le célé­brant qui bénissait, mais le Christ qui agissait à travers lui : d'où les tentatives d'inscrire en quelque sorte le nom divin dans le geste lui-même.

Toutes sortes d'autres interprétations sont évidem­ment possibles pour qui a de l'imagination. Du geste qu'utilise le fidèle orthodoxe enjoignant les trois premiers doigts et en pliant les deux derniers, un de mes interlocu­teurs a donné l'explication suivante : "c'est l'humanité représentée par Adam et Eve qui se prosterne devant la Trinité !" Il fallait y penser.

Parlant des spéculations symbolisantes autour du geste "grec", le Dictionnaire d'archéologie chrétienne et de liturgie (colonne 754 ) se prononce, dans l’ optique qui est la sienne - archéologique et non symbolique -, avec une sévérité que je trouve excessive :

"Il est inutile d'ajouter que ces explications n'ont d'autre fonde­ment que l'imagination. Leur nombre seul suffirait à en démon­trer la fausseté. Ce geste était connu longtemps avant qu'on ne songeât à lui attribuer toutes ces explications. Comme pour la bénédiction romaine, cette manière de bénir n'était probable­ment tout d'abord qu'un simple geste d'allocution, et ceci est d'autant plus vraisemblable que sur nombre de monuments il est impossible de lui donner une autre interprétation..."

Mais cela interdit-il, sur un autre plan, toute spécu­lation pouvant servir de base à une catéchèse dont le but est de donner sens aux choses et de les rendre parlantes ?

La main ouverte, tous les doigts tendus ou légère­ment fléchis, représente, selon une symbolique tardive, les cinq plaies du Christ crucifié, signe une fois de plus de toute une évolution typiquement occidentale vers un cer­tain naturalisme.

 

4. Les parties du corps

On sait l'importance symbolique des différentes parties du corps humain, que ce soit dans la Bible ou dans toute autre tradition culturelle. Or le corps, structuré autour de la colonne vertébrale et de la barre transversale des épaules, porte lui-même la croix inscrite au plus intime de son être. Dans le signe de la croix, c'est principalement sa partie supérieure qui entre en jeu, pôle de l'esprit, de l'intelli­gence et du sentiment, avec une cristallisation particulière autour des éléments suivants : le front, le visage dans sa globalité, les organes des sens, les épaules qui représen­tent l'horizontalité qui ouvre sur l'action, le monde et les autres, la poitrine, parfois le ventre, enfin les bras et les mains. On pourrait glaner à travers la littérature concer­nant le signe de croix de multiples allusions à ces différentes parties du corps. Limitons-nous à quelques exem­ples.

Le front représente la partie du corps la plus élevée, la plus visible, celle qui est considérée comme la plus noble, celle d'où partent les commandes qui régissent l'en­semble des organes. En le sanctifiant par la croix, on espère toucher l'être dans sa globalité. Quant au visage, il représente, avec la main, la partie la plus personnalisée de l'organisme, celle qui, par la vue, l'ouïe, le goût et l'odorat, est la plus apte à capter les effluves du monde. La poi­trine, où se concentrent les deux fonctions rythmiques liées à l'air et au sang, est le lieu où se conjuguent les échanges qui s'opèrent au dedans du corps par la circula­tion et au dehors par la respiration. Quant au caeur, il n'est pas seulement le siège de l'affectivité, mais aussi le sym­bole de l'homme appréhendé dans sa dimension intérieure profonde.

Partant du fait que la honte se lit sur le visage, saint Augustin affirme que tracer la croix sur son front signifie qu'on se glorifie sans honte du signe glorieux entre tous de la victoire du Christ.

Commentant de son côté une phrase du Cantique des Cantiques : "Pose-moi comme un sceau sur ton coeur, comme un sceau sur ton bras" (8, 6), saint Ambroise de Milan écrit :

"C'est le Christ le sceau posé sur le front, le sceau posé sur le coeur, le sceau posé sur le bras. Sur le front, afin que toujours nous confessions (notre foi) ; sur le coeur, afin que toujours nous aimions ; sur le bras, afin que toujours nous agissions. Que son image resplendisse dans notre confession, resplendisse dans notre amour, resplendisse dans nos actes et nos oeuvres. Afin que, si c'est possible, toute sa figure prenne forme en nous."

        Un ancien texte catéchétique d'Allemagne du Sud (cité au chapitre VI) explique le "petit signe de croix" (dit signe de croix "allemand") de la manière suivante : on marque le front en disant "au nom du Père" afin de signi­fier que le Père est la première personne de la Trinité, de même que la tête et le front sont la partie la plus élevée du corps humain ; en marquant la bouche on ajoute "et du Fils" pour signifier que le Verbe éternel est engendré par le Père comme la parole humaine est engendrée par la bouche ; on pose enfin une troisième croix sur le coeur en disant "et du Saint-Esprit", parce que le caeur est le siège de l'amour qui émane du Père et du Fils. A propos du "grand signe de croix", il est dit qu'on évoque le Saint-­Esprit en traçant la ligne horizontale intermédiaire entre le front et le bas de la poitrine, lieu de l'incarnation, pour signifier que la troisième personne de la Trinité procède des deux autres.

Pour Robert Le Gall, les trois signations du "petit" signe de croix se posent sur le front, les lèvres et le coeur "pour signifier l'influence que la Bonne Nouvelle centrée sur la Croix-Résurrection doit avoir sur nos pensées, nos paroles et nos volontés" (Dict. de liturgie, p. 82). Pour Jean Hani, c'est parce que "ces endroits du corps corres­pondent à trois centres de l'organisme subtil qui condi­tionnent l'éveil spirituel", centres que la tradition indienne appelle les chakras (ajna, celui du front, vishudda, celui de la gorge, et anahata, celui du coeur) (1981, p. 151).

 

On voit à ces exemples quelles peuvent être l'exubé­rante richesse et en même temps l'arbitraire des spécula­tions théologico-pieuses auxquelles le signe de croix peut donner lieu. Quelle que soit la manière dont on le trace, il y a toujours moyen de la justifier symboliquement. Un jour où j'ai fait un petit exposé sur la question devant un auditoire oecuménique, un prêtre roumain qui était dans l'assistance s'est livré dans un même souffle à une bonne vingtaine d'autres broderies autour de ce geste apparemment si simple…

 

 

Texte extrait du livre en ma possession et désigné ci-dessous que je vous conseille d' acheter :

 

 

 

 

LE  SIGNE  DE  LA  CROIX

 

 

Histoire, ethnologie et symbolique d’ un geste « total »

 

Auteur  Pierre ERNY

Collection Culture et Cosmologie

L’ Harmattan

ISBN : 978-2-296-02430-4

 

Prix 16 euros

 

 

Né en 1953 à Colmar, Pierre ERNY est aujourd’ hui professeur émérite d’ ethnologie à l’ université Marc Bloch de Strasbourg, après avoir enseigné comme instituteur au Burkina Faso, puis comme professeur d’ ethnologie, de psychologie et de sciences de l’ éducation dans les universités de Brazzaville au Congo, de Lubumbashi et de Kisangani en RDC, et de Butaré au Rwanda. Ses domaines de prédilection sont l’ ethnologie de l’ éducation et l’ anthropologie psychologique et religieuse. Il a décrit son milieu natal dans la maison du sculpteur. Ethnographie d’ une enfance alsacienne ordinaire (2000).

par Claude Camille des Bruyères publié dans : Les signes :
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Vendredi 9 mai 2008


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par Claude Camille des Bruyères publié dans : LIENS
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Jeudi 8 mai 2008

 


CONSTAT D'UNE REALITE

Aujourd'hui, l'homme, la femme et les jeunes n'ont plus de références... l'avenir est "sombre et bouché".
Tout le système leur fait faux bond: l'économie, le social, le judiciaire, l'administratif, le politique et même le religieux...
Les ténèbres couvrent la terre partout et en tout lieux...

Mais une lumière apparut à l'horizon.._ celle du Christ Roi qui vient instaurer sur terre, son règne de justice pour mille ans !

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SON ORIGINE


La Petite Eglise
Apostolique Vieille Catholique actuelle est issue de la résistance qu'opposèrent un certain nombre' d'ecclésiastiques à l'occupant révolutionnaire français en 1802.

Elle fut appelée par la suite Eglise Stévenniste du nom de son inspirateur l'Abbé Corneille Stévens. Vers 1850 elle s'est rapprochée de l'Eglise Gallicane puis en un second temps de l’ Eglise Vieille Catholique d’ Angleterre à partir de 1969.
C'est de cette dernière qu'elle a reçu son pouvoir d'ordres par la consécration le 1° juin 1971 du Père Aimé BAUSIER par Mgr. Charles BREARLEY, Primat de l'Eglise Vieille Catholique d'Angleterre.
La Petite Eglise Apostolique Vieille Catholique est Catholique par ce qu'elle est UNIVERSELLE, APOSTOLIQUE car elle possède depuis St. Pierre une succession apostolique ininterrompue transmise via le St. Siège d'Antioche.
En Belgique, le siège de l'Eglise est sis 18 rue Théophile Piat à 1300 Wavre et son Prélat en est Monseigneur Christian VES'I-RAET au titre de 14éme Père Spirituel des Communautés de la Petite Eglise.

Note: pour de plus amples informations, veuillez consulter le Quid 97 à "Petite Eglise".

SON HISTOIRE

Actuellement, on appelle ses fidèles différemment selon l'endroit géographique où ils habitent. Clémentins en Normanclie, Louisets en Bretagne, Chambristes dans le Rouergue, Stévennistes en Belgique, Filochois en Touraine, dissidents en Poitou, Jansénistes à Lyon, Blanchardistes en Angleterre.
En Belgique, quelques 800 fidèles de la Petite Eglise sont dispersés dans des groupements à Jambes, Namur, Perwez, Incourt, Ottignies, Hall et Wavre.
Ils se retrouvent lors du pèlerinage annuel à Crupet (Dinant).
Ne reconnaissant pas l'infaillibilité du Pape, les Stévennistes se scindèrent de Rome à Partir de 1872.


SON CREDO
..................SES BUTS


Il est à noter que la Petite Eglise Apostolique Vieille Catholique est pleinement une Eglise dans la mesure où ses Evêques et prêtres sont les héritiers de filiations apostoliques incontestables, tant des Eglises Vieilles Catholiques de l'UNION d'UTRECHT que des Eglises SYRO-GALLICANES issues du Saint Patriarcat d'Antioche.

De nos Jours, la Petite Eglise Apostolique Vieille Catholique rassemble des chrétiens restés fidèles à l'esprit pur de l'EVANGILE. Elle veut maintenir la foi catholique tout en respectant les aspirations intellectuelles de chacun. Elle admet la liber-té pour chacun de choisir entres les doctrines qui sont postérieures aux 7 Conciles EPHESES   (431)  CHALCEDOINE  (451) CONSTANTINOPLE (381)